Séminaire

Expériences de l’effondrement, 
la guérison par les images

3 juin 2022
Le temps n’est plus à la peur mais à écrire de nouveaux récits capables d’agir sur nos imaginaires. Loin d’être un trou noir, l’effondrement semble pouvoir être interprété comme un moment de bascule entre deux systèmes de représentation. Pour ce faire, il faut transformer l'effondrement, idée tétanisante, en objet d’analyse. Dans le cadre de sa recherche-création, le réalisateur François Hébert a ainsi commencé à dessiner le plan d'une clinique imaginaire, une clinique constituée d'images visant à mieux se représenter ce qui nous affecte. Un lieu confrontant les époques, les échelles, pour mieux comprendre cette expérience à laquelle il semble que nous allons être collectivement confrontés.



Pour s'orienter dans cette démarche, il lui fallait trouver un guide ayant lui-même traversé cette expérience de l'effondrement. François Hébert a alors décidé de s'intéresser à la pensée de l'historien de l'art allemand Aby Warburg (1866-1929), spécialiste de la peinture de la Renaissance qui, en 1918, s'effondre psychiquement. Interné six ans durant à la clinique du docteur Binswanger à Kreuzlingen, le patient Warburg parle aux papillons, hurle à s'en casser les cordes vocales... et ce n'est qu'en 1924, après y avoir prononcé la célèbre conférence sur le rituel du serpent, qu'il retournera à Hambourg pour travailler à l'œuvre de sa vie, l'Atlas Mnémosyne.

L'Atlas Mnémosyne est constitué de 62 planches au fond noir sur lesquelles 971 images organisées par ses soins résonnent les unes avec les autres, dessinent des lignes de force et des polarités énergétiques. Ces images vont du culte de Mithra aux cartes à jouer astrologiques en passant par Rembrandt, Dürer, Mantegna et jusqu’aux coupures de journaux et de publicités de l'année de sa mort en 1929.

A l'entrée de la clinique, François Hébert imagine que le visiteur fera face à une sorte d'état des lieux. La première image est celle, désormais bien connue, du modèle informatique « World 3 » ayant donné naissance au livre The limits to Growth (1972). Une jeune équipe de recherche du MIT menée par Dennis et Donella Meadows s'est servie de la théorie de la dynamique des systèmes et de la modélisation informatique pour analyser les causes et les conséquences à long terme de la croissance sur la démographie et l'économie matérielle mondiale. La question qui les intéressait était alors la suivante : « les politiques actuelles nous conduisent-elles vers un avenir soutenable ou vers l'effondrement ? ».

Analysant ces différents scénarios, ce livre montrait que dans tous les cas de figure, la confrontation avec les limites physiques de la planète obligerait la croissance à s'arrêter durant le XXIème siècle. Et selon le scénario Standard Run suivi jusqu'alors, cette trajectoire nous amène progressivement au dépassement et à l'effondrement de l'économie et de la démographie.


C'est sous cette peinture de Raphaël (que l'on peut voir dans la Loggia di Galatea de la Villa Farnesina) que s'est réuni le Club de Rome pour la première fois. Alors que toutes les lignes du tableau convergent vers elle, la nymphe regarde ailleurs, elle semble totalement détachée de l'agitation qui l'entoure.


Le Songe de Joseph, peint par Bartolo di Fredi est visible à la collégiale de San Gimignano. Cette peinture illustre un épisode de l'ancien testament dans lequel Joseph rêve que les gerbes de blés se prosternent devant leur créateur. Dix ans plus tôt, la peste noire avait tué un tiers de la population européenne dont la moitié de la ville de Sienne. Malgré cela, Bartolo di Fredi parvient à peindre cet homme qui rêve avec une grande douceur, comme si après le trauma, les images se remettaient en mouvement.

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