Séminaire

Le réseau des tempêtes : une culture de l'entraide pour le collapse

13 mars 2026

Séminaire à l'Institut Momentum du 13 Mars 2026

L'imaginaire de la loi du plus fort a contaminé la pensée du collapse : si les institutions venaient à s'effondrer, croit-on, alors viendra une inévitable guerre de tous contre tous… synonyme de chaos. Heureusement, cet imaginaire issu de notre mythologie libérale nest pas basé sur les faits. Cependant, il savère toxique, car il peut devenir une prophétie autoréalisatrice : y croire participe de sa réalisation. Or, les recherches de terrain montrent au contraire que 1. plus une catastrophe est dangereuse, plus les humains s'entraident spontanément, et 2. plus les liens sociaux sont de qualité avant une crise, moins limpact est fort. Comprendre ces mécanismes dentraide en temps de crise permet damorcer un virage dans notre imaginaire politique, et donc desquisser un schéma daction politique en contexte deffondrement

Introduction

L’intention de ce séminaire Momentum est de partager avec le milieu intellectuel de l’Anthropocène les découvertes qui m’ont enthousiasmé sur le thème de l’entraide, et plus particulièrement de l’entraide en temps de crise[1]

Dans ce séminaire, nous démarrerons en présentant ce monstre mythologique qu’est « la loi de la jungle ». Nous irons ensuite explorer les dynamiques d’entraide en temps de crise, pour terminer sur des ouvertures politiques.

Depuis 2023, je co-dirige avec Véronique de Geoffroy (Groupe URD[2]), un projet de recherche opérationnelle intitulé Entraide & Crises. Nous avons étudié les relations entre entraide et crises : comment l’entraide au sein de population influence la gestion de crise, et inversement comment les crises favorisent ou inhibent l’entraide au sein d’une population.

Doù je parle

Depuis plus de 15 ans, j’ai quitté le milieu universitaire pour m’engager dans une démarche de lanceur d’alerte et d’éducation populaire. J’ai étudié et construit des discours grand public transdisciplinaires sur les deux thèmes parallèles que sont l’entraide et les effondrements sociaux et écologiques. Aujourd’hui, ces deux thèmes s’articulent dans une nouvelle idée : le Réseau des tempêtes[3], et nourrissent un chantier d’une possible « collapsopraxis », c’est-à-dire le développement d’une pensée de l’action politique dans des contextes d’effondrements.

La collapsologie a pour intention de mieux comprendre les dynamiques d’effondrements sociaux et écologiques passés, présents, et potentiels… à des échelles micro, méso et macro[4]. C’est la posture du « catastrophisme éclairé » (Jean-Pierre Dupuy) qui permet explicitement de nous situer déjà dans une perspective de collapse… pour pouvoir avoir une chance d’agir à la hauteur des enjeux. En effet, considérer que nous sommes déjà en train de collapser en tant que société change radicalement et immédiatement toute conception classique de la politique. 

S’il faut aujourd’hui avoir l’ambition de réinventer la politique pour se donner une chance de sortir de l’ornière, alors la notion d’entraide arrive à point nommé : elle permet de faire bouger profondément les représentations qui touchent à la nature humaine, à notre confiance en l’autre ou à notre capacité à créer du commun. Et tout cela surtout en tant de crises.

De plus, j’ai toujours eu à cœur d’articuler un discours rationnel basé sur les sciences[5] avec un discours sensible qui prennent en compte les émotions, la psychologie, l’éthique, l’imaginaire ou encore l’intuition[6], et toujours avec pour aspiration de dessiner un horizon politique. Il est absurde de vouloir penser la catastrophe avec une pensée en silos, où chaque discipline se déploie de manière indépendante. C’est d’ailleurs précisément pour cela que notre société se trouve dans une situation catastrophique…

Avec le recul, je peux affirmer que l’ensemble de mes travaux ont pour dénominateur commun la question des liens et du sens. D’abord les liens : comment et pourquoi tisser, enrichir, densifier et diversifier quatre types de liens (ceux que l’on a avec notre intériorité, avec les autres humains, avec les autres qu’humains, et enfin avec ce qui nous dépasse, tels la mort, l’avenir, les générations futures, le climat, etc.). Puis le sens : comment et pourquoi les récits occupent une place centrale dans ces dynamiques. Tout cela est condensé dans une idée fondamentale qui a émergé de notre enquête sur les peurs et les traumas (avec Nathan Obadia[7]). Il y a trois choses qui diminuent nos niveaux de peur au point de permettre une action collective puissante (et d’éviter le figement ou le repli face au danger) : les liens, le sens et la joie. Or, ces trois « ressources » nous sont fournies abondamment par un mode d’organisation humain très ancien appelé la communautéCette dernière est constituée de liens sociaux denses et chaleureux, de rituels et d’un récit commun puissant. L’humanité a traversé l’adversité durant des millénaires grâce à cette capacité à faire communauté. Et c’est cette notion (qui n’a pourtant pas bonne presse en France pour des raisons historiques, mais passons) qui est au cœur de l’idée du Réseau des tempêtes.

La loi du plus fort : un monstre mythologique à enfermer

Ceci étant posé, il faut brièvement s’attarder sur un adversaire étrange et très puissant[8]. Cette idée, très simple, de « loi du plus fort » est la suivante : lorsqu’on songe à une rupture de l’ordre établi ou à un effondrement des institutions, la première croyance est que « tout le monde va s’entretuer ». C’est la fameuse et inévitable « guerre de tous contre tous » (Hobbes). Cette croyance est exagérée (car elle n’est pas basée sur les faits), mais il se trouve qu’elle est aussi toxique politiquement car elle maintient un climat de méfiance généralisée peu propice à l’action collective ou à la confiance en l’avenir.

On attribue à Darwin la paternité de cette idée, mais c’est une erreur. A l’époque victorienne, le capitalisme naissant (et impopulaire) cherchait une justification théorique solide. La toute jeune théorie de l’évolution arrivait au bon moment, et les philosophes (comme Herbert Spencer) ont utilisé l’idée darwinienne de survie des plus aptes pour la transformer en survie des plus forts, fomentant les croyances que la nature étant fondamentalement compétitive et agressive, et que seule la « civilisation » permettait de créer un climat de coopération. Résultat : nous avons basé nos sociétés occidentales libérales sur un mythe, générant la croyance qu’il faut un État fort pour créer de la socialité, de la coopération ou de l’entraide. Ce libéralisme possède une main gauche et une main droite : à gauche, on pense qu’il faut un État fort et l’outil du droit pour contrer les instincts agressifs, et à droite on pense qu’il faut un État fort (mais minimal) pour assurer la sécurité afin de « réguler » la société par l’outil que serait un marché naturel donc compétitif. Mais notez que les deux partent du principe que la nature (et par extension la nature humaine) est mauvaise et agressive.

C’est sur ces bases viciées de défiance généralisée envers la nature que la modernité s’est construite. Ces croyances ont fabriqué des institutions… et une population qui a fondamentalement peur de tout. On pourrait même dire : une société traumatisée — c’est-à-dire dissocié— par tant de siècles de violences et de guerres, et surtout d’absence de communautés et de prendre soin. Ne sentant plus rien (car dissociés), nous vivons reclus dans notre monde mental, loin des émotions et de la relation au corps, loin de nos contemporains, loin des autres peuples, loin des autres espèces, et créons des institutions qui créent en continu des citoyens aux capacités empathiques très fortement diminuées par une éducation de la séparation, de la compétition et de la soumission à l’autorité (i.e. de la peur). Pour nous, « sauvage » ou « barbare » est synonyme de tueur sanguinaire, et seule la civilisation sauve du péril de la nature ! 

Or, si l’on considère notre voisin comme un affreux personnage compétitif, égoïste et agressif, alors il y a de fortes chances qu’en cas de pépin, on se prépare à l’accueillir comme il se doit… Ce faisant, on deviendra par prophétie autoréalisatrice le personnage que l’on voulait éviter : un être méfiant, compétitif, égoïste et agressif. C’est ainsi, par le récit, qu’émerge un monde de méfiance et de compétition généralisées. CQFD.

La « mégamachine » a pris forme, depuis 500 ans, comme une gigantesque entreprise de méfiance, de violence, d’accaparement et d’accumulation : contre les classes dominées, contre les peuplesnon européens, et contre la nature. Tous les systèmes de domination que sont la mégamachine, le patriarcat ou le capitalisme représentent des attaques massives et systémiques sur les liens sociaux. Voilà pourquoi nous nous sentons si seuls. Voilà pourquoi nos niveaux de peurs sont si élevés (rappelons que c’est le sentiment de communauté qui « corégule » nos niveaux de peur). La boucle est encore une fois bouclée : plus nous avons peur, moins nous voulons connaitre l’autre, et plus nous poussons pour détruire ce qui nous fait peur : les pauvres, les autres peuples et la nature. Toujours sans ressentir ce que nous faisons en tant que système (car individuellement, intellectuellement et émotionnellement, « nous sommes trop petits » disait Gunther Anders).

Lentraide ?

Dans notre livre de 2017 (Lentraide, lautre loi de la jungle), nous décrivions en détail les mécanismes très subtils et diversifiés qui fondent la socialité humaine (entraide spontanée, empathie, réciprocité renforcée, réputation, normes sociales, institutions, etc.), faisant de nous — humains — une espèce dite « ultrasociale ». Posons ici trois fondamentaux issus de ce travail de synthèse : 

Le paradoxe de lhumanitéPourquoi sommes-nous devenus si sociaux (et donc si puissants ?). Car à la naissance, un être humain est extrêmement fragile. Un bébé n’est pas capable de survivre sans l’aide de ses parents et de son clan. Un bébé est un organisme entièrement taillé pour la construction de lien social : il capte les émotions, les regards et les comportements de sa tribu et créé immédiatement de l’attachement. C’est son seul axe de survie. C’est donc notre incroyable vulnérabilité à la naissance (et durant des années) qui a fait de nous des animaux si sociaux… et donc si puissants. C’est un beau paradoxe ! Nous sommes puissants parce que nous sommes vulnérables. Il ne faut jamais oublier cette humilité fondatrice : nous avons radicalement besoin les uns des autres (et cela inclut les non-humains). Ce principe d’humilité est à la base de toutes les spiritualités du monde. L’oublier c’est prendre le risque de se perdre dans l’égo, l’arrogance, l’égoïsme et donc la violence.

Le monde de lentraide nest pas un monde de bisounours. Ces principes ne sont pas naïfs ! La corruption, le népotisme ou encore la solidarité dont font preuve les hyperriches pour maintenir leurs privilèges sont aussi des exemples d’entraide. Ce que nous décrivons ici comme un principe du vivant est une force de convergence ou d’association qui s’oppose aux forces de divergence ou de dissociation (que sont la compétition et l’agression). La vie se forme par l’équilibre entre les deux.

Il existe un principe général d’interaction nommé « Tit for Tat » (ou « donnant donnant » en français) qui est connu pour être la stratégie la plus robuste à long terme pour tout organisme souhaitant maintenir un bon niveau de coopération (ce qui augmente considérablement les chances de survie à long terme). Dans les années 1970, un psychologue mathématicien (Anatol Rapoport) et un politologue (Robert Axelrod) l’ont montré par l’expérience et les simulations informatiques. Cette stratégie la voici : pour chaque interaction nouvelle avec un autre organisme, 1. montrez vous généreux et prosocial au premier contact. 2. observez la réaction de l’autre et imitez-la : s’il coopère, alors poursuivez, et s’il se montre agressif, montrez-vous aussi agressif. 3. si vous êtes pris dans un cycle de violence, alors pardonnez en premier. Ces trois règles simples, prises ensemble dans le bon ordre, forment une stratégie évolutivement très stable. Ce qui est remarquable, c’est qu’elle colle parfaitement avec les faits : en premier abord, les êtres humains se montrent incroyablement prosociaux spontanément[9]. Si a cela on ajoute le fait que nous sommes des êtres très empathiques[10] qui avons donc développé des capacités exceptionnelles de réciprocité, alors on voit bien comment ces deux tendances (l’étape 1 et 2 du tit-for-tat) forment la recette parfaite pour que socialité humaine se déploie à grande échelle. Il faut ici noter que ces deux capacités (spontanéité + réciprocité) sont profondément ancrées dans notre système cognitif et hormonal ainsi que dans nos premiers apprentissages culturels. A noter surtout que cette séquence n’exclut pas d’être vigilant et méfiant. Il ne s’agit pas d’être benêt, bien évidemment, mais il s’agit de l’être au bon moment et au bon endroit, à une juste proportion. En effet, trop de méfiance détruit notre socialité par anticipation. Et trop de confiance met aussi en danger le groupe d’un attaque de tricheurs. 

Le tit-for-tat nous montre que la clé est d’être dabord confiant, puis d’être méfiant, au cas où. Pas l’inverse, comme le prône la mythologie moderne libérale. On voit bien ici comment l’entraide est tout sauf utopique et bisounours. C’est une pratique de survie sélectionnée par l’évolution, réaliste et pragmatique. C’est même la meilleure option à long terme. J’ajouterais : c’est même la seule que nous ayons.

La compétition existe, dans un paysage de coopération. Nous avons appris depuis notre plus jeune âge que la nature était comme un paysage de compétition parsemé des petites « poches » de coopération maintenues grâce à ce qu’on appelle la « civilisation »… En réalité, il semble que ce soittout l’inverse ! Depuis 3,8 milliards d’années, la nature ressemblerait plutôt à un grand paysage de coopération (mutualismes, symbioses, réciprocité, coopération, altruisme, etc.) au sein duquel il existerait des petites poches de compétition bien cadrées. Car la compétition (force de dissociation) est une stratégie du vivant qui détruit les liens sociaux et donc les groupes… et même les individus à long terme (stress, risque, blessures, etc). La nature a toujours bien encadré la compétition dans le temps et dans l’espace car elle détruit la capacité de cohésion des systèmes. Autrement dit, s’il n’y avait eu qu’une seule loi dans la jungle, au tout début, lors de la « soupe primitive », les premières bactéries se seraient juste entretuées… et il n’y aurait jamais eu de vie ! C’est aussi simple que cela.

La leçon a tirer de tout cela est la suivante : ce qui est dangereux, ce n’est pas la nature humaine (elle est très bien comme ça ! Et les psychopathes sont finalement assez très peu nombreux dans la population). Ce ne sont pas non plus les pénuries ou les crises qui sont dangereuses : car les humains savent traverser l’adversité depuis des millénaires (grâce à la socialité). Non, ce qui est dangereux, c’est bien notre culture de la compétition et de la violence. C’est cela qui représente une bombe à retardement en contexte d’effondrement, et qui risque de faire des victimes. On voit ici que l’urgence est donc d’inverser cette mythologie et de déployer dès à présent une culture de l’entraide. Et surtout de considérer que rien n’est inéluctable.

Lentraide en temps de crise

Au chapitre 2 du livre Lentraide, nous abordions cette idée qui parait incroyable dans un imaginaire moderne : en temps de crise, les humains s’entraident de manière exceptionnelle. En effet, en temps de crise, il est facile de croire que les gens se comportent mal. La mythologie que j’appelle « hollywoodienne » (qui inclut les films, les jeux vidéos, les médias mainstream, etc.) a labouré notre imaginaire pour nous imposer ces quatre croyances : en cas de crise, 1. les gens paniquent, 2. les gens sont antisociaux, 3. les gens sont passifs, et 4. les foules sons stupides. Ces quatre mythes ont été démontés méthodiquement par 70 ans de recherche, si bien qu’aujourd’hui, plus aucun scientifique qui s’intéresse au sujet ne croit ces balivernes. En réalité, lorsqu’une catastrophe surgit, les gens sont plutôt calmes, sont très majoritairement prosociaux, s’auto-organisent, et sont impliqués dans beaucoup d’intelligence collective. Le problème est que personne n’y croit ! Ni les institutions qui gèrent les secours ni les futurs sinistrés. 

C'est pour explorer rigoureusement cette découverte que nous avons lancé en 2023 avec le Groupe URD le projet de recherche opérationnelle Entr'aide & Crises. Notre point de départ était une contradiction frappante : les populations exposées à une catastrophe s'entraident[11] et s'organisent spontanément de manière informelle avant l'arrivée des secours ; pourtant, les institutions de gestion de crise ne s'appuient que rarement sur ce potentiel, quand elles ne l'ignorent pas tout simplement.

Pour démêler les fils de cette contradiction, nous avons conçu une méthodologie qualitative commune à six études de cas, déployées sur trois continents et dans des contextes de crise radicalement différents. En France : la vallée de la Roya, dévastée par la tempête Alex en 2020 ; le Briançonnais, traversé par la crise de l'accueil des personnes exilées ; l'île de La Réunion, frappée régulièrement par des cyclones. À l'international : N'Djamena (Tchad), submergée par d'importantes inondations en 2022 ; la région de Greater Uki (Australie), brûlée par les mégafeux de 2019 puis inondée en 2020 ; et Kharkiv (Ukraine), où des populations survivent et s'organisent dans la guerre depuis 2022. Avec une même méthodologie, nous avons observé six terrains, six types de crises, six contextes sociopolitiques distincts pour tester si les dynamiques d'entraide observées relevaient d'une exception locale ou d'un phénomène universel.

Sur chaque terrain, une équipe de chercheurs s’est rendue sur place pour conduire des entretiens semi-directifs avec la diversité des acteurs impliqués (citoyens sinistrés, voisins aidants, membres de collectifs informels, représentants d'associations, agents institutionnels et professionnels du secours)[12].

Les résultats confirment et amplifient le corpus de 70 ans de sociologie des catastrophes : pendant la crise, l'entraide émerge toujours. Elle prend des formes multiples (entraide de proximité entre voisins, afflux de bénévoles extérieurs, activation de collectifs associatifs préexistants, etc.) et elle précède presque toujours l'arrivée des secours officiels. Dans la Roya, au Tchad, à Valence, à Kharkiv, les premières heures appartiennent aux habitants. L’entraide est massive, créative et souvent remarquablement bien organisée. L'entraide a aussi ses limites : elle laisse dans l'angle mort celles et ceux qui ne sont reliés à personne, et elle s'épuise si elle n'est pas relayée.

Après la crise, la dynamique bifurque : soit l’entraide se structure, se transforme et arrive ainsi à tenir (là où elle trouve des leaders situés, des espaces reconnus et une attention portée au soin des « entraidants » eux-mêmes) ; soit elle reste sans appui, sans reconnaissance, sans relève aussi, et donc s'étiole rapidement, happée par le retour à la vie ordinaire, l'épuisement moral, et parfois la désillusion face à des institutions qui n’y font pas attention.

Le temps avant la crise, enfin, est primordial. La qualité de la réponse est déterminée par la qualité du tissu social, c’est-à-dire par la densité des liens de voisinage, la vitalité associative, la confiance dans les institutions locales, et même la mémoire des crises passées. La réponse n’en sera que plus rapide et plus adaptée. Au contraire, là où ce tissu social est fragile, fragmenté ou traversé d'inégalités, l'entraide tarde, ne vient que pour certains, ou pire, ne vient pas.

De cette temporalité en trois temps (avant, pendant, après) se dégage une leçon transversale : l'entraide est une véritable culture qui se construit dans le temps ordinaire, s'entretient entre les crises, et se révèle (ou non) quand le choc survient.

Le réseau des tempêtes

Bien évidemment, une telle culture de l’entraide ne se décrète pas. Elle doit se construire progressivement. Le défi est donc triple. Le premier est intérieur : arriver à y croire, intégrer que le voisin n'est pas un ennemi en puissance et que les gens s'entraident massivement quand le monde bascule. Sans ce déplacement, rien d'autre n'est possible. Le deuxième défi est pratique : après les crises, il faut inventer des dispositifs pour faire perdurer l'élan solidaire, pour que l'énergie libérée par le choc ne se dissipe pas dans l'épuisement et la déception. Le troisième défi est le plus urgent : puisque les crises arrivent et qu'elles vont s'intensifier, se multiplier et s’enchaîner, il faut dès maintenant tisser autour de nous des liens sociaux solides. C'est l'idée du Réseau des Tempêtes.

Mais avant de plonger dans cette idée, il faut déjà évacuer deux mauvaises postures, fréquentes ettentantes, qu’auraient les personnes à l’annonce de l’imminence d’une crise.

La première est la passivité obéissante : attendre tout d’une gestion des experts, des institutions et de l'État. Cette posture a sa logique — les institutions existent pour ça, et on aurait tort de les démanteler brutalement — mais elle a une limite que nos six terrains illustrent avec constance. En effet, les institutions arrivent dans un second temps, le premier étant toujours celui des habitants eux-mêmes. Une société qui a entièrement délégué sa capacité de réponse à des structures pyramidales se retrouve, au moment du choc, désarmée et passive, attendant tout de secours qui peuvent tarder, ou même ne pas venir, comme cela a été le cas dans des pays industrialisés victimes de catastrophes qui les dépassent (mégafeux, méga-inondations, méga-tempêtes, etc.).

La deuxième mauvaise réponse est le survivalisme : se préparer par le repli sur soi et le réflexe matériel (stocker des vivres, construire un bunker, etc.). Cette posture a au moins le mérite de prendre la menace au sérieux — c'est son seul avantage. Mais elle est doublement absurde. D'abord parce qu'elle est peu robuste à court terme et inefficace à long terme. La survie solitaire manque de puissance, et ne peut être que momentanée, jamais durable. Ensuite parce qu'elle est dangereuse : une posture survivaliste généralisée détruit le lien social avant même que n’arrive la catastrophe. Elle fabrique donc par anticipation un monde atroce de compétition et de méfiance ! C'est le scénario des films post-apocalyptiques, séduisant à l’écran mais absurde d’un point de vue sociologique, et catastrophique dans la réalité.

Entre la passivité et le repli, il y a la posture d’action collective, que l’on pourrait appeler supervivalismeet dont les quatre principes seraient :

1. Se préparer aux crises en améliorant le tissu social. Le vrai « bunker », c'est la qualité de nos liens. Un collectif sain est source de résilience, de résistance et d’innovation. C'est donc entre les crises qu'il faut tisser nos filets de sécurité relationnelle.

2. Se préparer seul ou en se repliant est dangereux. Vouloir survivre est légitime, penser à ses besoins de base est même vital, mais l'isolement diminue drastiquement la résilience et l'endurance. Le survivalisme, converti en idéologie permanente, mène à un « sous-vivalisme ».

3. Lhumain prime sur le matériel. Avec le matériel mais sans lien social, on s'éteint ; avec le lien social dépourvu de matériel, on se débrouille. La préparation commence par le lien.

4. Tout geste de préparation doit améliorer nos vies dèaujourdhui (le quatrième principe est une boussole). Si la préparation apporte de la joie et du sentiment de connexion et de confiance, elle prend la bonne direction. Si elle rend plus isolé, plus apeuré ou plus nerveux, c'est qu'elle file un mauvais coton.

Voilà pour les postures. Vient ensuite la question du lien social. Plus précisément, de quels liens parle-t-on ? Et comment les densifier ? 

Schématiquement, mais de manière très concrète, on peut densifier les liens autour de soi selon deux axes complémentaires. Le premier est celui de la proximité géographique (les voisins, les amis, les collectifs de quartier, etc.). C’est ce que l'on pourrait appeler les liens ou communautés « voisinautaires » (ou voisinautés[13]), ces communautés forgées par le fait d'habiter un même endroit, de partager les mêmes rues, les mêmes risques et les mêmes mémoires (mais pas forcément les mêmes idées). Le second axe est celui des communautés d’affinités (ce que l'on pourrait appeler les affinautés), des réseaux fondés sur des valeurs, des pratiques ou des engagements partagés, mais qui ne sont pas forcément des réseaux de proximité géographique. Ces deux types de liens se renforcent mutuellement, et les deux peuvent trouver un écueil dans le fait de se couper du reste du monde (soit localement soit idéologiquement). La robustesse de nos réseaux nait donc d’une double équilibre : entre voisinautés et affinautés d’un part, et entre enracinement territorial et ouverture vers l’extérieur d’autre part.

Mieux, en plus de ces liens horizontaux, il faut y ajouter les liens verticaux de confiance (réciproque !) avec les autorités, indispensables en temps de crise, et même indispensables pour la vie démocratique[14].

Densifier ces liens ne demande pas de tout révolutionner. Cela commence par des gestes simples et concrets, comme connaître ses voisins, rejoindre ou créer un collectif local, ou participer à des événements qui fabriquent de la confiance dans le temps ordinaire. L'entraide est une pratique quotidienne qui, le moment venu, fait la différence en temps d’urgence. Elle est donc à la fois le terreau et le fruit. Elle est le terreau de la résilience, cette capacité à absorber le choc et à rebondir. Elle est le terreau de la robustesse, cette capacité à naviguer dans les fluctuations. Elle est le terreau de la résistance, parce qu'une communauté soudée est une communauté difficile à dominer, à diviser ou à instrumentaliser. Et elle est, plus simplement, un mieux vivre, parce que les liens sociaux sont la première source de bonheur identifiée par des décennies de recherche en psychologie et en sociologie.

Le Réseau des Tempêtes est donc une invitation à se préparer aux crises sans forcément les attendre.

Vers une pensée de laction politique en contexte deffondrement

La gestion de crise permet d’amorcer un processus de genèse des liens au sein de la population, et avec les institutions. Mais même si les crises seront monnaie courante, la gestion de crise n’est pas un horizon politique, tant s’en faut. L’horizon se situe plus loin, dans le désamorçage de ce qui produit les crises, et même les effondrements globaux, ainsi que dans la construction d’une architecture politique qui empêche la violence et les dominations (les crises) d’advenir. Et là encore, on retrouve l’entraide.

A quoi pourrait ressembler un paysage politique en contexte d’effondrement ? La question est vaste et complexe. Car il ne s’agit pas seulement de savoir comment ralentir la mégamachine sans qu'elle ne s’effondre. D'autres questions radicales surgissent : comment éviter des effondrements ? comment s’y adapter ? et même, pourquoi pas, comment en accélérer certains (comme le capitalisme, par exemple) ? ou encore, comment s'organiser à une échelle conviviale (biorégionale) lorsque la mégamachine se grippe ou devient trop destructrice ? Dans ce nouveau paysage politique totalement étrange, l'entraide n'est pas un détail affectif ou une simple vertu morale, elle peut devenir un matériau politique de premier ordre.

L'entraide comme matériau politique

Devant cette idée d’amener l’entraide au premier plan, le public politisé montre en général un scepticisme plutôt gêné (qui est légitime) : « l'entraide, c'est gentil, mais ça ressemble à du bénévolat, et c'est pas ça qui va sauver le monde ». Prôner localement l'entraide (et la résilience), entre habitants, peut même faire le lit d'un désengagement des politiques de justice sociale, autrement dit d’une adaptation à l'intolérable sans remettre en cause ce qui le produit. La « résilience communautaire » telle que la promeuvent les grandes institutions (FEMA, Banque mondiale ou agences onusiennes) est souvent une résilience néolibérale : elle mobilise le capital social pour compenser le désengagement de l'État et trie les survivants entre méritants et non méritants tout en récupérant l'énergie créative des mouvements pour maintenir un système qu'elle ne cherche pas à transformer. Cette critique est pertinente, même si souvent exagérée[15]. Il ne faut pas jeter l'entraide avec l'eau du bain néolibéral.

Mais ce que nos terrains montrent, et que la tradition du « mutual aid » anglo-saxonne théorise depuis longtemps, même si c'est moins familier en France, c’est que l'entraide n'est pas seulement une réponse aux crises, c’est une pratique préfigurative. En s'auto-organisant aujourd'hui pour répondre eux-mêmes à leurs besoins, les habitants construisent déjà les bases du monde qu'ils souhaitent voir advenir. Nous l’avons observé : les brigades de Walia qui renforcent les digues au Tchad avant les inondations, les collectifs de Briançon qui accueillent les personnes exilées en résistance à une politique jugée inacceptable, les Community Resilience Teams australiennes qui fabriquent une autonomie locale sans attendre d'être mandatées par les secours… tout cela n'est pas de la simple gestion de crise. Il s'agit d'encapacitation politique menée à échelle humaine et locale.

L'entraide a quelque chose d'horizontal et de foncièrement libertaire. Contrairement à une logique charitable, qui maintient les hiérarchies entre donateurs et bénéficiaires, elle propose une organisation collective horizontale entre pairs. Elle permet aussi de mobiliser des personnes non politisées en répondant à leurs besoins immédiats, tout en ouvrant progressivement une réflexion sur les causes profondes de leurs vulnérabilités. Il s'agit avant tout d'un outil d'éducation politique qui ne dit pas son nom, et c'est peut-être pour ça qu'il fonctionne.

Le verrou de la dépendance institutionnelle

Il faut ici nommer un autre verrou, moins souvent discuté que la mythologie de la guerre de tous contre tous, mais tout aussi paralysant : l'imaginaire de la dépendance institutionnelle. Nous avons vécu si longtemps sous des structures d'autorité que nous avons fini par croire qu'elles étaient la condition même de l'ordre social. L'anarchiste Errico Malatesta le formulait déjà au XIXe siècle à travers la métaphore de l'attelle : quelqu'un qui a passé toute sa vie avec une attelle à la jambe peut sincèrement croire que c'est grâce à elle qu'il tient debout. Si on lui propose de l'enlever, il va refuser ! Les gens croient que le gouvernement est indispensable parce qu'ils n'ont jamais expérimenté autre chose. Pour l'anarchiste, au contraire, c’est l'attelle qui empêche de bien marcher ou même de courir. La liberté est une construction sociale, et la culture de l’entraide est ce qui soude des fédérations de communes autogérées, par exemple, où le pouvoir se trouve à la base, et non au sommet de la pyramide sociale. Tout est à revoir. Et dans le contexte politique et culturel qui est le nôtre (compétition et soumission à l'autorité), on voit bien que l'entraide est une compétence à réapprendre et à pratiquer.

Notre projet de recherche permet d'ajouter un élément empirique à la réflexion. Dans un contexte de crise, les communautés qui ont déjà pratiqué l'autonomie, même partiellement et imparfaitement, s'en sortent mieux. L'Australie de Greater Uki n'a pas attendu la catastrophe pour construire ses Community Resilience Teams. Le Japon post-Kobe n'a pas attendu un deuxième tsunami pour repenser l'articulation entre bénévoles et institutions. Dans les deux cas, c'est dans le temps ordinaire, après l'urgence d'une crise mal gérée, que les jambes sans attelles ont été rééduquées. D’ailleurs, cette rééducation n'est pas nécessairement spectaculaire, mais elle est progressive, indispensable et se joue surtout à petite échelle. Elle peut ressembler à une réunion de quartier, à la création d'une association, au vote d'une loi ou à un élu local qui accepte de partager une décision.

Le garde-fou : ce que l'entraide ne peut pas remplacer

Mais comment cultiver cette autonomie sans fragiliser ceux qui dépendent encore entièrement des institutions ? C'est la question que tout lecteur politisé devra poser. La réponse n'est ni dans l'effondrement contrôlé de la mégamachine, ni dans le statu quo. Elle se fait dans le temps du relèvement (post-crise), avec un soutien actif des institutions (et non contre elles !). L'Australie et le Japon, par exemple, n'ont pas construit leur autonomie communautaire par idéologie anarchiste : ils l'ont construite parce qu'une crise mal gérée les y a obligés, et parce que l'État a ensuite choisi d'accompagner ce mouvement plutôt que de le récupérer. C'est ce modèle (appelons-le « co-construction progressive ») qui permet de tenir ensemble autonomie et protection des plus vulnérables, à partir dun mode de fonctionnement qui existe déjà. Autrement dit, on n’enlève pasune attelle brutalement sans prendre soin de rééduquer très progressivement la jambe.

Sur ces questions générales de philosophie politique (faire avec ou sans État ? quelles places pour l'échelle des « communautés » ? etc.), il importe donc de garder commune mesure et d'éviter les solutions simples et absolues. Le premier garde-fou est de considérer que des millions de vies dépendent actuellement des services publics, d'une organisation étatique, d'un tissu économique et financier mondialisé, de ce qu'on appelle la « mégamachine »[16]. Même si le démantèlement de cette dernière pourrait être une excellente nouvelle pour les classes dominées, les peuples dominés et la biosphère, sa disparition soudaine frapperait d'abord les plus vulnérables, ceux dont le capital social est insuffisant pour compenser le choc.

Quant à la question de l’État, il faut être subtil : le geste anarchiste n'est pas à considérer comme une panacée, mais comme un horizon. Pour l'instant, nos dépendances sont immenses, et notre culture de l'entraide est faible. Le moindre choc n’aurait pas forcément pour effet de libérer les jambes, mais risquerait de faire tomber ceux qui n'ont rien d'autre pour se tenir debout. Nos terrains du Tchad et du Soudan l’ont montré, là où l'État est absent ou submergé, l'entraide est certes impressionnante de vitalité mais elle peut s'épuiser. Elle peut beaucoup, mais elle ne peut pas tout. Invoquer l'autonomie communautaire pour justifier le retrait des services publics serait donc une perversion du concept. Ce n'est pas une option pour les plus vulnérables.

La direction : cohabitation et infrastructure parallèle

La piste n'est donc pas le remplacement, mais le déplacement. Déplacer la relation entre les structures horizontales d'entraide et les macrostructures verticales. L’idée n’est pas que les premières servent les secondes, mais que les secondes apprennent à reconnaître, à soutenir et à ne pas étouffer les premières. Une vraie révolution culturelle !

L'entraide peut finalement être vue comme un animal sauvage, un jaillissement incontrôlable : elle sera toujours là, pas forcément où on l'attend, et on ne pourra jamais la contrôler totalement, car elle en perdrait sa vigueur et sa raison. Toute fusion avec le système vertical risque d'annuler sa force vitale. La bonne posture n'est donc pas une intégration, mais une cohabitation dans laquelle les communautés maintiendraient leur autonomie et leur capacité à contester, pendant que les institutions apprendraient à lâcher prise, à faire confiance et à coordonner les questions qui concernent les grandes échelles plutôt qu'à vouloir tout contrôler.

Il convient donc, dans une optique de transition, d'embrasser la complexité des échelles spatiales et temporelles, d'investir massivement dans les structures intermédiaires (les biorégions, les communes, les associations, les coopératives ou les tiers-lieux) qui constituent l'échelon où l'autonomie réelle se construit, entre l'individu isolé et l'État lointain.

C'est peut-être là aussi que s'esquisse une pensée de l'action politique en contexte d'effondrement. Loin d’être un programme rodé, il s’agit plutôt d’une direction multiple (et parfois incohérente, ce qui est un signe de robustesse !). La clé est de construire des lieux physiques (centres sociaux, coopératives ou espaces communs) comme des ancrages nécessaires à une infrastructure de vie qui résiste aux chocs et aux récupérations. La direction est de renforcer l'autonomie réelle des communes, des quartiers et des biorégions, à la fois comme alternative à l'État, mais aussi comme contrepoids et comme complément. La robustesse de l’ensemble du tissu social exige de penser les trois fonctions simultanément. Là aussi, c’est un vrai virage culturel.

L'entraide n'est pas la cerise sur le gâteau d'une société en ordre, elle est le gâteau lui-même, la base sur laquelle tout le reste pourrait tenir.


[1] On parlera ici de « crise » au sens large, incluant les « ruptures de la normalité » brutale et courtes ainsi que les graduelles et lentes. Les crises peuvent être de nature très diverses, allant d’une petite échelle individuelle (accident, deuil, etc.) à l’échelle globale (pandémie, etc.) en passant par les échelles régionales (conflit armé, catastrophe naturelle, etc.).

[2] Le Groupe URD est think-tank indépendant spécialisé dans l’analyse des pratiques et le développement de politiques pour l’action humanitaire et la gestion des fragilités. www.urd.org

[3] Servigne, P. Le réseau des tempêtes. Manifeste pour une entraide populaire (2025, LLL) 

[4] Servigne, P. Stevens, R. Comment tout peut seffondrer (Seuil, 2015).

[5] Par exemple Servigne, P. Nourrir lEurope en temps de crise (Babel, 2017).

[6] C’était l’objet de la collapsosophiela sagesse liée à une prise de conscience de la mort, et a fortiori un effondrement. Voir Servigne, P., Stevens, R., Chapelle, G. Une autre fin du monde est possible (Seuil, 2018). Voir aussi le livre d’alphabétisation émotionnelle Servigne, P., Obadia N. Le pouvoir du Suricate (Seuil, 2024).

[7] Le pouvoir du Suricate (Seuil, 2025)

[8] Une idée développée dans le livre Servigne P. & Chapelle G. Lentraide, lautre loi de la jungle, (LLL, 2017)

[9] Voir les expériences décrites au chapitre 2 de LEntraide, lautre loi de la jungle, LLL, 2017). En condition de stress et avec un mode cognitif intuitif, les humains sont plus prosociaux que des sujets non-stressé ou qui sont en mode rationnel. Cela corrobore les observations de terrain qui montrent toujours des sursauts extraordinaires d’altruisme lorsque surgit une catastrophe (stress, mode spontanée et intuitif).

[10] Ce que nous partageons avec beaucoup d’autres espèces, l’empathie n’étant pas l’apanage de l’humain.

[11] Précisons que par « entraide » et « aide, nous entendons des actes. La « coopération » est le fait d’agir ensemble pour un objectif commun. Quant à la solidarité, il s’agit d’un sentiment ou d’un lien d’attachement qui peut provoquer de l’aide ou de l’entraide si le besoin s’en fait sentir.

[12] Aux terrains nous avons ajouté six webinaires thématiques (sur le genre, la santé mentale, les politiques publiques, ou encore les expériences du Japon post-Fukushima, de Valence et du Soudan).

[13] Ce néologisme vient compléter la notion de « voisinage » qui désigne un lien de proximité, mais assez froid et faible. La notion de voisinauté désignerait alors des liens chaleureux et dense entre voisins.

[14] On retrouvera la typologie complète des liens sociaux dans le livre Servigne, P., Le Réseau des tempêtes, LLL, 2025.

[15] La critique est parfois un peu exagérée je pense, la critique ne fait pas toujours la différence entre «bonnes» intention de ces institutions (aider, rendre les gens plus résilient car c’est utilie pour leur survie), et «effets» ou revers sur le terrain (cooptation, désengagement de l’état, etc).

[16] L’expression la « mégamachine », de l’historien Lewis Mumford, a été reprise par l’historien allemand Fabian Scheidler. Ce dernier nomme ainsi notre « civilisation‑système », née il y a environ 5 000 ans et renforcée par le capitalisme moderne, qui articule étroitement le pouvoir physique (fondé sur la violence), le pouvoir socio‑économique (fondé sur la dette et l’exploitation), le pouvoir idéologique (religieux, moral ou scientiste), et l’idéologie de la raison‑mécanique (qui supprime la complexité). Voir La fin de la mégamachine, de Fabian Scheidler (Seuil, 2020).